It May All End Tomorrow (comme son titre l'indique)

Des notes sur rien et la création d'un roman étape par étape, le tout orchestré par un jeune auteur, aspirant écrivain, inspiré par Cocteau, Dostoeivsky, le rock, le jazz.

18 septembre 2006

Il voulait une révolution, etc. Partie 5

Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 1 page 5 :

"Miles Davis - Nuits sur les Champs Elysée Take#4

Mon ex-femme et moi nous revoyons à intervalles réguliers, juste comme ça, histoire de vérifier si ça ne pourrait pas marcher à nouveau après quelques mois, quand bien même pour moi ça n’a jamais marché, j’avais l’impression que les choses étaient différentes pour elle. Cette fois nous avions opté pour un film, à ma demande, ainsi nous n’aurions pas à parler et ça me rappellerait peut-être mes premiers rendez-vous. Tout se passa à merveille : le début du film vint nous interrompre à peine avions-nous commencer à bredouiller nos mots maladroits… Du fond de la salle où nous nous trouvions, je pouvais voir la cohorte d’imbéciles prendre place et peu à peu se taire dans le noir : s’ils en avaient les moyens, ils m’enverraient leurs animaux, leurs meubles et même leurs vêtements pour que j’essaie de comprendre ce qui peut bien clocher dans ce monde. Il n’y a rien à comprendre. Toute cette haine en moi commença à me faire tourner la tête. Comme si le film pouvait plaire à la salle toute entière, je me rendis compte que j’étais le seul à devenir nerveux, à m’agiter sur mon siège, à changer de position toutes les deux minutes, à me gratter la tête. Je me cala bien au fond du dossier rouge, replia mes jambes sous moi, agrippa ma veste pour qu’elle me tienne chaud, tourna la tête de l’écran, et ferma les yeux, juste le temps pour moi de me rappeler la présence de mon ex-femme à côté de moi. Discrètement, je desserrais l’œil gauche pour me rendre compte qu’elle m’observait avec un air désapprobateur. Je me redressais, ouvris grand les yeux et lui souris, ma bouche s’entrouvrant d’une oreille à l’autre, révélant mes dents blanches, parfaitement implantées, et au-dessus, un peu de mes gencives, vives et agressives, aussi rouges que les sièges de la salle de cinéma. Mon ex-femme déplaça sa main sur l’accoudoir jusqu’à ce qu’elle pende de mon côté, semblable à la feuille d’un arbre en automne, encore teintée de vert, tout doucement grignotée par la contamination, doucement détachée de sa branche par le souffle du vent, résistant plus que sa force ne lui permet, résistant plus que n’importe quel être humain ne le ferait, pour ne pas tomber. Je réfléchis : avec quoi étais-je entré dans la salle ? Ma veste, mon sac, quoi d’autres ? Mon portefeuille était tombé par terre au moment où j’avais posé ma veste, la salle déjà plongée dans le noir. Pour faire diversion, j’approchais ma main de celle de mon ex-femme, prudemment, gagnant millimètre sur millimètre, sans jamais brusquer, sans tomber dans le piège de cette mygale déguisée en feuille morte, tout en me penchant, en tendant l’autre main vers le sol, tâtant les restes collants de pop corn, les saletés amenées par les chaussures des spectateurs, les vieux papiers abandonnés, les programmes datant de plusieurs semaines déjà. La mygale commença à bouger ses doigts, l’un après l’autre, quand elle vit approcher ma main et qu’elle sentit la chaleur de mon bras faire se mouvoir l’air entre nos deux corps. Elle prit les devants, trouvant mes gestes trop lents, sachant qu’à cette distance, ma main ne pourrait lui échapper, au moment même où je touchais, de l’autre côté, un morceau de cuir par terre, frais comme une peau innocente, tandis que de l’autre côté, les doigts fripés de la mygale attrapait ma main dans un piège, les bagues aux doigts de la bête s’entrechoquant comme un chant de victoire métallique, imprégnant un frisson dans mon bras qui sous cette impulsion, me fit me lever d’un bout, et m’éloigner, le bras encore relié à la mygale qui desserrait son étreinte sans opposer de résistance, s’enfonçant dans son siège au fur et à mesure que je m’éloignais, et la regardant, articulais les mots " Je.suis.désolé ", mon visage illuminé par la lumière bleue du projecteur. Je suis parti après une demi-heure de film."

Posté par Paul Austere à 16:39 - nos nuits ardentes- roman en ligne et en direct - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=181132&pid=2707169

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :