It May All End Tomorrow (comme son titre l'indique)

Des notes sur rien et la création d'un roman étape par étape, le tout orchestré par un jeune auteur, aspirant écrivain, inspiré par Cocteau, Dostoeivsky, le rock, le jazz.

30 septembre 2006

Quand serons-nous des fantômes ? Partie 2

Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 2 page 2 :

" Brian Jonestown Massacre - Spun

Sacha n’arrivait pas à comprendre la nature de ces métamorphoses, si elles étaient voulues ou non, intentionnelles ou non ; il se contentait de succomber. La regarder ainsi retardait la dégustation de sa glace et il finissait invariablement en dernier, parfois dix minutes après elle, mâchouillant une mixture tiède et fondue, sorte de bouillie de tous les parfums qui composaient sa glace, essayant d’en reconnaître du bout de la langue les nuances en s’imaginant goûter les grains de beauté qui recouvraient la peau de Marie. Ce jour devait être le premier d’un mois de chaleur intense, constamment proche des 35° et Marie portait une robe légère de coton, blanche recouverte de quelques motifs bleus, sobrement décolletée, deux fines bretelles découpant son buste. Il aurait voulu lui enlever ses vêtements et lentement que toutes les personnes dans la brasserie s’éloignent en silence, à reculons, s’excusant presque de saisir un tel instant d’intimité. Il n’y avait d’ailleurs quasiment personne dans ce café, exposé plein sud et sans climatisation aucune. De la sueur parfaitement translucide coulait du front de Marie et pour n’importe quoi, il aurait échangé sa glace tiède contre la fièvre de Marie. Une serveuse leur apporta une carafe d’eau. Ils avaient finis tous les deux et regardaient l’horizon en silence. A travers la lourde atmosphère, la serveuse avait l’air d’un fantôme se débattant avec le brouillard écossais. C’était comme ça que Marie appelait les adultes : " les fantômes ". C'était plus un terme moqueur qu'autre chose. Pour elle, les adultes étaient les fantômes de l'adolescent qu'ils avaient été. Elle voyait dans tous leurs actes la trace du fantôme. Ils étaient des fantômes quand ils habitaient une vie qui n'était pas celle dont ils avaient rêvé adolescents, elle appelait fantômes les couples muets et endormis qui n'échangeait pas une parole dans les restaurants, elle appalait fantômes les gens qui semblaient incapable d'agir avec leur environnement et de changer le cours des choses, du monde, et de leurs vies, ne serait-ce que par un sourire.

La serveuse repartie en ondulant dans la vapeur, ces vêtements noirs se dissolvant dans l’air, ne laissant plus qu’apercevoir la couleur blonde de ces cheveux au loin, flottants seuls à hauteur de sa tête et disparaissant de plus en plus.

" -Depuis quand c’est un fantôme, tu crois, demanda Marie?

-J’en sais rien lui répondit Sacha. Quel âge elle a ? Je lui donnerai quarante ans, mais je me trompe peut-être.

-Elle a moins, c’est quasi-sûre.

-Alors ça fait quoi, 15 ans que c’est un fantôme, statua Sacha, peu enthousiaste.

-C’est comme ça que tu juge ?

-C’est-à-dire, "comme ça " ?

-A l’âge, simplement.

-C’est la seule façon de le juger, non ?

-C’est vraiment une pensée de mec.

-Je m’excuse d’être un mec.

-Tu ne peux rien y faire, hein ? Je peux peut-être te pardonner. Te pardonner d’être terre à terre, de ne pas réfléchir, de ne pas savoir rêver, de ne pas savoir interpréter tous les signes que dégagent la moindre chose vivante sur cette terre. Je peux le faire, je peux te pardonner de n’être qu’un mec.

-¨Pendant que tu y es, pardonne moi de jouer à tes jeux, de faire semblant de m’y intéresser pour te faire simplement plaisir. Pardonne moi ça, vas-y, j’écoute.

-Je te pardonnerai jamais ce que tu viens de dire, ça c’est sûr, mais pendant que tu as les oreilles bien ouverte, je vais en profiter pour une fois, c’est une occasion si rare.

-J’écoute, mais, excuse ma condition, je ne comprendrais peut-être pas le sens de ce que tu vas dire, et pendant que tu y es, tu pourra te retourner, un peu sur ta droite, il y a une fille de notre âge, peut-être que tu pourrais aller lui raconter tous tes trucs si jamais j’y comprends rien, et tu pourras l’embrasser et l’emmener chez toi pour qu’elle te serre dans ses bras et te disent des mots beaucoup plus doux que tout ceux que je ne t’ai jamais dit. Moi je rentrerai avec le gars qui fait la plonge là-bas dans la cuisine et lui au moins, je le comprendrai, tout comme il me comprendra, et je pourrai m’endormir la tête posé sur son gros ventre, avec son t-shirt rempli de taches de bouffe en guise de draps.

-Je n’ai même pas écouté. Tu m’as coupé la parole, d’ailleurs. Sache que ce n’est pas l’âge qui te transforme en fantôme. L’âge a quelque chose à voir, mais ce n’est pas le facteur déclencheur. Il n’y a pas un âge, ou un moment, où tout le monde, sans exception, devient un fantôme. Ça n’aurait aucun sens et ça voudrait dire que tout ce que je raconte, c’est-à-dire tout ce en quoi je crois, n’est pas fondé. Seulement voilà, c’est fondé. Dommage pour toi. On devient un fantôme non seulement quand on devient un adulte, mais plus particulièrement, au moment où l’on enterre l’adolescent qui est en nous. J’ai parfois vu des vieilles femmes de plus de 80 ans qui n’était pas des fantômes. Elles étaient la plupart du temps à moitié folles, ça c’est sûr, mais elles n’avaient pas tué l’adolescente. Je pouvais presque la voir à côté d’elles, penchée sur leurs épaules, les aidant à marcher en pouffant de rire pour se moquer gentiment de leurs infirmités. "

Sacha comprit pour la première fois que Marie ne considérait pas tous les adultes comme des fantômes. Il ne l’avait pourtant jamais vu faire de différence, jamais ils n’avaient ensemble rencontré de ces adultes vivants dont elle semblait avoir l’expérience. Elle avait donc une pensée et une vie, en dehors de lui. Cela lui paraissait incroyable et terrifiant, profondément terrifiant. Il se dit que ce n’était pas le cas pour lui, et cela l’effraya un peu plus. Il se rassura lentement en repensant à certains des secrets que Marie ne devrait jamais connaître et cela le rassurait de pouvoir se dire qu’il lui restait à lui aussi un espace de liberté, même si c’était dans le mensonge et que cela lui avait longtemps donné des cauchemars, si forts qu’en se réveillant, trempé de sueur à côté de Marie, il n’arrivait pas à se calmer, tremblant comme une feuille, de peur qu’il aurait dit quelque chose, prononcé une phrase ou un nom dans son sommeil."

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29 septembre 2006

Jean Cocteau : La villa Santo Sospir

Juste pour cette voix.

Et parce que mon blog est un cinéma, dans lequel j'espère que vous aimez les fauteuils, que la climatisation est à votre goût, que le public est raffiné, et que les films sont choisis avec goût.

Installez-vous confortablement.

Première Partie :

Deuxième Partie :

Troisième Partie :

Quatrième Partie :

Cinquième Partie :

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28 septembre 2006

Quand serons-nous des fantômes ? Partie 1

Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 2 page 1 :

"Bob Dylan : Let Me Follow You Down

Elle gobait la vie. " La Vie " était le nom d’une glace censée représenter la création, un trio de boules bleues au parfum chimique impossible à identifier, recouverte de chantilly pour figurer les nuages, des morceaux de noisettes concassés en guise de terre, des feuilles de menthe pour la flore. L’hommage n’était pas parfait. Marie la mangeait toujours en moins de cinq minutes, engouffrant sans répit des cuillères pleines et gelées, sa gorge se refroidissant sous les coups successifs des cuillères, puis restait silencieuse, les yeux plongés à travers l’horizon de la baie vitrée pendant que Sacha terminait la sienne. Il savait ou pensait, dans ces moments-là, qu’elle se taisait parce qu’elle avait mal aux dents et au ventre. Ce café était leur refuge, un endroit dans lequel ils ne se rendaient qu’à deux. Au pire, il leur arrivait d’y aller seuls, quand l’un d’eux avait un empêchement, et alors il ou elle mangeait très lentement, en pensant à l’autre. Les amis n’étaient pas admis. Ils s’asseyaient toujours contre la baie vitrée qui proposait une vue imprenable, immense, surplombant tous les immeubles et donnant sur le centre de Pleyel. Ou ce qu’il en restait. La ville qu’ils avaient tant appréciés à la naissance de leur amour n’était plus. Depuis des mois semblables à des années, Pleyel était en reconstruction. Ses petites rues, ses routes parfois encore pavées ne suffisaient plus aux transports routiers et aux allers -retours des voitures aux heures de pointe. De plus, l’absence de locaux disponibles faisait fuir les entreprises et le chômage augmentait progressivement, entraînant lentement dans son sillage pauvreté et délinquance. C’est pourquoi, en lieu et place des cinémas de quartier, des vieux temples et des demeures de caractères s’étendait un immense chantier de terre brune, parfois protégé par des palissades. En plus des immeubles, squares et zones franches étaient prévus, se partageant deux tranchées quasi-parallèles comme les veines de l’avant-bras, un métro, et un tunnel autoroutier, parcourant la ville d’un bout à l’autre en souterrain. La rénovation de la moitié de la ville était déjà terminée et l’on pouvait voir, non loin des travaux, le débouché provisoire de ce réseau souterrain et des centaines de voitures et de piétons se déversant dans les dédales de rues contournant les travaux. Le soleil, malgré la poussière soulevée par les travaux, éclairait d’une lumière possédée le visage de Marie. Elle était belle, quelque soit les définitions du mot. Les nombreuses facettes de son être étaient imprégnées de cette beauté, elle était parfaite, unique, chaque recoin de son corps comme travaillé par la main d’un sculpteur, ses cheveux toujours, absolument toujours, aussi frais qu’après le coiffeur, ses vêtements épousant parfaitement ses mesures et pourtant quand il le fallait, d’un simple mouvement, elle acquérait une fragilité, une asymétrie dans le regard, qu’elle accentuait par des lunettes à monture fine qu’elle portait si sporadiquement que l’on pouvait douter de leur utilité, fragilité qui se répercutait en elle, créant une poignée de défaut, comme des fissures dans sa carapace d’or, révélant un peu de son âme, de sa substance, la rendant encore plus aimable, au sens de sa capacité à se faire aimer au premier coup d’œil, au premier sourire, que belle."

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22 septembre 2006

Morrissey et les Smiths : Youtube Friday

Pour commencer, les vidéos les plus étranges que vous verrez cette année : dans la première, des enfants moches chantent This Charming Man. Dans la deuxième, Morrissey et Marr vont au zoo en bus avec ces mêmes enfants moches. Kitsch, effrayant, et surtout, un point de vue inédit sur nos idoles.

Et pour redonner un peu de street credibility au Moz : un hommage des fans, spécial invasion de scène et calins musclés. ça donne terriblement envie.

TOUT CA N'A PAS DE PRIX

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20 septembre 2006

Il voulait une révolution, etc. Partie 6 (fin)

Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 1 page 6 :

"Ustad Vilayat Khan - Nuit (Bo du Salon de Musique)

Sur le parking, la main sur la poignée de la porte de ma voiture, je levais la tête pour observer la grande masse du cinéma pointant vers le ciel et me demandais dans quelle salle elle était encore, à quel étage, dans quelle partie de cette immeuble qui de l’extérieur ne laisse rien deviner de ces mystères, de son labyrinthe étrange et pourtant si simple de salles, d’escaliers et de cabines de projection. Un vol d’oiseaux passa au-dessus de moi, survola le cinéma, puis en pic, passa derrière le bâtiment. Un instant, je crus les voir rentrer dedans. Je clignais des yeux. Il n’y avait plus rien, je n’entendais plus le piament des animaux. Il ne restait plus qu’un nuage presque gris, glissant sur le ciel qui s’assombrissait au fur et à mesure que le soleil disparaissait à l’horizon. Je montais dans ma voiture, alluma la radio sur une station musicale, démarra et prit la route en trombe, provoquant les klaxons des voitures auxquelles j’avais coupé le chemin. Comme tous les hommes de mon âge et de ma situation, je conduisais une voiture de sport aux teintes sombres et agressives, histoire de rappeler si besoin était que j’étais toujours fort, toujours beau, toujours rapide, et toujours riche. De plus, elle était décapotable, ce qui signifiait que j’étais toujours cool. En cette soirée de juillet, il faisait nuit un peu avant 22 heures et toutes les voitures, défilaient en face de moi avec leurs phares allumés, traversant mon champ de vision comme des lucioles agressives, me rappelant les lumières des manèges dans les fêtes foraines.

La nuit prenait doucement ses quartiers. Quand les ombres s’étendirent jusqu’à devenir plus grandes que leurs possesseurs, quand le soleil brilla de l’autre côté du globe, quand les bruits usuels devinrent menaçants, quand les magasins éteignirent leurs devantures, quand l’odeur de nourriture chaude s’échappa des restaurants, quand les gens ne furent plus que des pantins luttant contre le sommeil ; à ce moment-là, j’ai vu une opportunité cachée au milieu des ombres et des fantômes, et je l’ai saisi.

Sur le bas côté, devant un distributeur automatique d’argent, se trouvaient quelques personnes, deux hommes, et une femme en habits de motard, aux comportements étranges. La fille semblait étrangler d'une main un des deux hommes. Quand je suis arrivé à leur hauteur, elle le frappa, d'un coup de casque de moto et s’approcha du distributeur, le laissant effondré, en sang sur le trottoir. Il y avait un scooter arrêté un peu plus loin. Je n’ai vraiment compris qu’en voyant le pistolet dans sa main gauche et une liasse de billet dans sa main droite, alors que pour la suivre des yeux, j’avais tourné la tête jusqu'à perdre totalement la route des yeux. Est-ce que j’ai vraiment tout saisi ou pas ? Je freinais en trombe et fit demi-tour. Le bruit de la voiture avait alerté la fille qui commençait à me fixer tandis que je retournais vers les lieux. J’accélérai et personne ne venait en face, j’accélérai et roulait sur le côté gauche de la route. La fille était isolée maintenant. Ne pensant plus à rien, je montais sur le trottoir et fonçais dans sa direction avec ma voiture de sport. Elle tira trois fois et j’étais mort. La voiture s’écrasa contre le distributeur automatique. En lui fonçant dessus, sans préméditation aucune, j’hurlais " Bénarès, c’est mon tour de me venger ". Je ne sais pas pourquoi j’ai fait et dit ça. "

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18 septembre 2006

Il voulait une révolution, etc. Partie 5

Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 1 page 5 :

"Miles Davis - Nuits sur les Champs Elysée Take#4

Mon ex-femme et moi nous revoyons à intervalles réguliers, juste comme ça, histoire de vérifier si ça ne pourrait pas marcher à nouveau après quelques mois, quand bien même pour moi ça n’a jamais marché, j’avais l’impression que les choses étaient différentes pour elle. Cette fois nous avions opté pour un film, à ma demande, ainsi nous n’aurions pas à parler et ça me rappellerait peut-être mes premiers rendez-vous. Tout se passa à merveille : le début du film vint nous interrompre à peine avions-nous commencer à bredouiller nos mots maladroits… Du fond de la salle où nous nous trouvions, je pouvais voir la cohorte d’imbéciles prendre place et peu à peu se taire dans le noir : s’ils en avaient les moyens, ils m’enverraient leurs animaux, leurs meubles et même leurs vêtements pour que j’essaie de comprendre ce qui peut bien clocher dans ce monde. Il n’y a rien à comprendre. Toute cette haine en moi commença à me faire tourner la tête. Comme si le film pouvait plaire à la salle toute entière, je me rendis compte que j’étais le seul à devenir nerveux, à m’agiter sur mon siège, à changer de position toutes les deux minutes, à me gratter la tête. Je me cala bien au fond du dossier rouge, replia mes jambes sous moi, agrippa ma veste pour qu’elle me tienne chaud, tourna la tête de l’écran, et ferma les yeux, juste le temps pour moi de me rappeler la présence de mon ex-femme à côté de moi. Discrètement, je desserrais l’œil gauche pour me rendre compte qu’elle m’observait avec un air désapprobateur. Je me redressais, ouvris grand les yeux et lui souris, ma bouche s’entrouvrant d’une oreille à l’autre, révélant mes dents blanches, parfaitement implantées, et au-dessus, un peu de mes gencives, vives et agressives, aussi rouges que les sièges de la salle de cinéma. Mon ex-femme déplaça sa main sur l’accoudoir jusqu’à ce qu’elle pende de mon côté, semblable à la feuille d’un arbre en automne, encore teintée de vert, tout doucement grignotée par la contamination, doucement détachée de sa branche par le souffle du vent, résistant plus que sa force ne lui permet, résistant plus que n’importe quel être humain ne le ferait, pour ne pas tomber. Je réfléchis : avec quoi étais-je entré dans la salle ? Ma veste, mon sac, quoi d’autres ? Mon portefeuille était tombé par terre au moment où j’avais posé ma veste, la salle déjà plongée dans le noir. Pour faire diversion, j’approchais ma main de celle de mon ex-femme, prudemment, gagnant millimètre sur millimètre, sans jamais brusquer, sans tomber dans le piège de cette mygale déguisée en feuille morte, tout en me penchant, en tendant l’autre main vers le sol, tâtant les restes collants de pop corn, les saletés amenées par les chaussures des spectateurs, les vieux papiers abandonnés, les programmes datant de plusieurs semaines déjà. La mygale commença à bouger ses doigts, l’un après l’autre, quand elle vit approcher ma main et qu’elle sentit la chaleur de mon bras faire se mouvoir l’air entre nos deux corps. Elle prit les devants, trouvant mes gestes trop lents, sachant qu’à cette distance, ma main ne pourrait lui échapper, au moment même où je touchais, de l’autre côté, un morceau de cuir par terre, frais comme une peau innocente, tandis que de l’autre côté, les doigts fripés de la mygale attrapait ma main dans un piège, les bagues aux doigts de la bête s’entrechoquant comme un chant de victoire métallique, imprégnant un frisson dans mon bras qui sous cette impulsion, me fit me lever d’un bout, et m’éloigner, le bras encore relié à la mygale qui desserrait son étreinte sans opposer de résistance, s’enfonçant dans son siège au fur et à mesure que je m’éloignais, et la regardant, articulais les mots " Je.suis.désolé ", mon visage illuminé par la lumière bleue du projecteur. Je suis parti après une demi-heure de film."

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16 septembre 2006

Peter Doherty - You Talk Utah (Youtube Friday)

Une simple petite vidéo, parce que la simplicité c'est bien aussi.

Une nouvelle chanson :

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14 septembre 2006

Il voulait une révolution, etc. Partie 4

Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 1 page 4 :

"Coco Rosie : Candyland

En tant que seul petit indien inscrit en faculté, je devins malgré tout assez connu. Les professeurs étaient fiers de ma réussite et n’hésitaient pas à en parler en amphithéâtre et entre eux. Bientôt, à cause de la difficulté à prononcé mon nom, je devins " Ben ", diminutif de " Raben ". Cela allait évolué à l’obtention de mon diplôme en " Docteur Ben ". J’avais mon troisième nom, mon nouveau baptême pour une nouvelle vie. La première fois qu’on m’appela vraiment comme cela, autrement que pour rire, me flatter, ou m’énerver, j’étais dans une salle d’opération et la plaie d’un patient venait de gicler du sang sur mon visage. Le médecin titulaire me demanda " Docteur Ben, est-ce que tout va bien ? " et alors je réalisais que c’était vraiment devenu mon nom. Du sang avait éclaboussé jusque dans ma bouche et ce goût, salé, que je voulais expulser hors de ma bouche, qui me révulsait et me dégoûtait, qui charriait sans doute des poches entières de bactéries et de maladies, me rappela le Gange. Alors je compris que le " Ben " de " Docteur Ben " était pour " Bénarès ". J’avalais le sang et rassurait mon médecin titulaire.

Après quelques hésitations, je m’orientais vers la psychiatrie. C’était évidemment la plus grosse erreur de ma vie, mais bien que cela me passionnait, je ne pensais pas être assez doué pour la chirurgie. Alors j’ai décidé d’aller voir au fond de la tête des gens, juste comme ça, pour vérifier un truc. Peut-être que je pensais trouver quelque chose. Mais c’était vide, terriblement et désespérément vide. Tout cela me rappelait la chambre 27 de l’hôpital de Bénarès, ces patients déjà morts, si éloignés de moi, comme privé de tout libre arbitre. Je me mariais avec une de mes patientes. Elle était gentille, mignonne, et c’était la première personne a m’avoir jamais dit qu’elle m’aimait. C’était suffisant pour moi. J’avais 36 ans. Déjà. Au cours de notre mariage, elle me persuada, pour des raisons financières, d’accepter de prendre en thérapie le chien d’une certaine patiente richissime. Ça nous paya une maison de vacance. Sans que je n’ai le temps de m’en rendre compte, toutes les amies de cette patiente m’apportèrent leurs animaux. A force de m’entendre refuser de mettre un pied dans notre nouvelle maison de vacances – pour un tas de raisons : parce que je n’aimais pas le soleil, parce que je n’aimais pas la façon dont j’avais payé la maison, parce que j’avais terriblement peur d’être seul avec elle 24 heures sur 24 et me rendre compte de l’erreur que j’avais faites – ma femme me quitta. Pris par la procédure de divorce et ses frais, j’acceptais tous les patients possibles. En quelques mois, j’étais devenu le premier psychanalyste pour animaux de Pleyel. La pension alimentaire accordée à ma femme était incroyablement généreuse, j’ai continué à voir les animaux jusqu’à ce que plus aucun être humain ne passe la porte de mon cabinet pour autre chose que m’apporter une bête à poil, plume ou écaille. Qu’est-ce que je leur faisais durant la thérapie ? Rien du tout. Je restais simplement assis à penser aux erreurs que j’avais faites et à ce que j’allais pouvoir inventer pour réconforter et occuper les propriétaires de l’animal. Un matin, je me suis réveillé et tout à mon horreur, j’avais 45 ans. J’étais un imbécile, divorcé d’une femme que je n’avais jamais aimé et la risée de ma profession. Un type normal en somme. Tout ce que j’ai toujours voulu éviter. "

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12 septembre 2006

Il voulait une révolution, etc. Partie 3

Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 1 page 3 :

"The Fairport Convention : Farewell Farewell

A Pleyel, les choses étaient différentes. On appelait ce continent le vieux monde, mais pour moi tout semblait neuf et irréel. Du béton, partout, comme si la ville avait été taillée à même la roche. L’électricité aussi, qui donnait vie au moindre mouvement de la ville. Les vêtements, taillés sur mesure et teint de couleurs que je n’avais jamais vu, des femmes qui défilaient dans les grandes rues. C’était comme poser mon pied sur la lune et me rendre compte que toute une civilisation, en avance sur nous, habitait là. Je restais à Pleyel parce que j’ignorais presque qu’il existait d’autres villes semblables, et parce que le coût des voyages me semblait bien trop élevé pour ma bourse déjà bien entamée par l’avion. Il me fallut peu de temps pour me rendre compte qu’un peu riche à Bénarès veut dire très pauvre en Europe, mais là où il fallait nourrir une famille, il n’y avait désormais plus que moi, et si mon appétit était intarissable, il se fixait sur d’autres choses que la nourriture.

A l’époque je vivais dans la rue. Je rentrais à peine dans des hôtels ou des foyers pour passer quelques nuits, me laver. Ce n’était pas une vie difficile comme ça pourrait l’être aujourd’hui. C’était même très facile, spécialement pour un jeune homme comme moi, qui venait d’où je venais. Je passais mes jours à marcher, je restais des heures à regarder des vitrines de magasins, parfois même un propriétaire, lassé de voir mon visage émerveillé, m’invitait à l’intérieur pour prendre un thé ou un café. Je lisais des livres entiers appuyé contre les murs des librairies, je me cachais dans les toilettes entre les séances de cinéma pour voir plusieurs films à la suite pour le prix d’un – à l’époque, les cinémas n’avaient qu’une seule salle, et des films de toutes sortes et couleurs se suivaient sur le même écran comme si l’on diffusait une chaîne de télévision extraterrestre.

Occasionnellement, je rencontrais des gens comme moi, de tout âge, enfermés dans la cabine des toilettes d’un cinéma, volant les restes à la terrasse d’un restaurant quand personne ne regarde, nous discutions parfois, mais jamais longtemps. J’aimais déjà être seul plus que tout. Je rencontrais même des filles, un jour ou deux dans le mois, pour ne pas être trop seul, je les draguais à la sortie des mélo à l’affiche du cinéma, et pour ces occasions, uniquement pour ces occasions, je me payais une chambre d’hôtel. J’eus l’impression que ça dura des années, des décades voire des siècles. Aujourd’hui encore, ça me semble presque aussi long que tous le reste de ma vie. Mais vint un temps où l’argent manqua totalement. Il n’y avait plus rien de tout ce que j’avais pu hériter. Je – en tant qu’incarnation de toutes mes vies précédentes, de toutes les façons qu’on avait pu m’appeler – venais de mourir pour la première fois.

Et l’opportunité m’a comme qui dirait sautée dessus. J’ai décidé de m’inscrire en médecine. Sauf que je ne sais pas qui est ce " j e ", qui est celui qui tenait tant à vivre. Devenir quelqu’un, avoir un métier, était la seule façon de pouvoir survivre. Etant donné mes revenus, je reçus une bourse qui suffit à peine à m’acheter les livres nécessaires aux études et la nourriture nécessaire à survivre. La première année fut la plus dure mais j’acquis assez vite un rythme optimum : je passais mes journées en cours, puis à la bibliothèque pour travailler. Quand elle fermait, je m’écroulais de fatigue sur un banc dans le campus, ou en été, sur l’herbe elle-même derrière un quelconque buisson. Le matin, je me douchais au gymnase, récupérais des vêtements neufs dans mon casier. Pour quelqu’un qui me surprenait dans mon sommeil à la belle étoile, je n’étais qu’un étudiant bourré qui n’avait pas pu faire un pas de plus. Contrairement à tous les autres, je n’avais rien, pas d’attaches, pas d’obligations, aucun horaire, personne pour me distraire. Si je n’étais pas parmi les meilleurs, je réussis tout même à passer chaque année sans me poser de questions sur mon avenir. Je ne me suis jamais fait un seul vrai ami."

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11 septembre 2006

Il voulait une révolution, etc. Partie 2

Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 1 page 2 :

"The Beatles - In My Life

J’ai eu plusieurs vies et bien sûr, je dois avouer que certaines ont été plus réussies que d’autres. Le seul problème est d’arriver à déterminer ce qu’est la " réussite ". Je suis né Raben Umebayashi à Bénarès, en Inde. C’est ainsi qu’on m’a baptisé dans les eaux brunes du Gange à l’âge tardif de 16 ans, ces seize années de retard étant du à ma condition physiques incitant les médecins, que mes parents, petits bourgeois, pouvaient payer, à me tenir le plus possible écarté de la fange que charrie ces eaux et leurs rives. Avant ce jour où mon nez s’est bouché et où mes yeux se sont mis à me brûler comme jamais ils n’avaient brûlé, même face à face avec le soleil, j’ai passé 16 ans à n’être personne d’autre que le petit garçon de la chambre 27 de l’hôpital de Bénarès. A chaque fois que je retournais dans cet hôpital, au moins une fois par mois pour les tests, et plus longtemps dès que j’entrais en crise j’étais condamné à cette même chambre : partager mes nuits avec les vieillards malades, les lépreux mourants, tous ceux qui défilaient, de vie à trépas, pendant que moi je restais là. Encore là ? Toujours là ! C’était notre façon de rire avec les quelques infirmières qui s’occupaient de la quasi-totalité des patients. J’étais allergique à quelque chose. Ça me coupait la respiration, me provoquait des nausées, mes jambes s’effondraient sous mon poids. Ils n’ont jamais su d’où ça venait, bien qu’ils trouvèrent un traitement approprié qui me permis de vivre. A l’âge de 16, ils déclarèrent que je n’étais plus malade. Allergie infantile, c’étaient la façon qu’ils avaient décidé d’appeler cette période de ma vie. Au fond de moi je savais bien d’où venait mon allergie : c’était la ville, Bénarès et son air noir, ses rues sombres et les gens qui les peuplent. J’aurai voulu que mon baptême fut mon au revoir à la ville, un dernier plongeon en son cœur avant de m’échapper loin, très loin. Immergé, je n’avais pour offrande à la ville qu’un chapelet d’insulte. Malheureusement, j’appris à mes dépends ce que tout le monde là-bas, moins butés que moi, savaient : la ville entend tout ce que l’on adresse en son sein, et son amour-propre est aussi rouge et saignant que sa vengeance. Mes parents et mon petit frère sont morts l’année de mes 18 ans, écrasés par un bus de touristes dans les rues de terre et de sable de Bénarès. Pour les standards de l’Inde, ma famille était plutôt aisée et je dus patienter plus de six mois à entendre, jusqu’au fond de mon lit, les rires de Bénarès, avant de pouvoir empocher mon héritage. Quand le chèque arriva, mes bagages étaient prêts, la maison vidée depuis longtemps, vendue même, et je dormais dans la baignoire toutes les nuits. Le jour même, je partis. En train jusqu’à Calcutta. Puis en avion jusqu’à la ville de Pleyel. Je l’avais choisie parmi les destinations européennes que desservait l’aéroport, non par goût particulier, mais parce que c’était l’avion qui quittait le plus tôt le sol indien. Je ne me retournais pas sur l’Inde à travers les hublots, mes adieux étaient fait depuis bien longtemps, là-bas, ils polluaient un peu plus l’eau du Gange. "

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