It May All End Tomorrow (comme son titre l'indique)

Des notes sur rien et la création d'un roman étape par étape, le tout orchestré par un jeune auteur, aspirant écrivain, inspiré par Cocteau, Dostoeivsky, le rock, le jazz.

03 octobre 2006

Quand serons-nous des fantômes ? Partie 3

Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 2 page 3 :

"The Kinks - I'll remember

" - Alors comment savoir que tel adulte est un fantôme et que tel autre ne l’est pas demanda Sacha?

-On ne peut pas vraiment le savoir. (Tu m’as interrompue là, non, souffla Marie ?). C’est comme les papillons. Ils ne vivent qu’un seul jour. Pourtant, est-ce que tu as déjà vu un papillon mourir ? Est-ce que tu as déjà vu un cadavre de papillon ?

-Je crois bien qu’une fois…commença Sacha

-Tais-toi ! susurra Marie, d’une voix autoritaire mais hilare, le sourire aux lèvres. Personne n’en a jamais vu et pourtant on sait bien qu’ils meurent. Et chaque jour, les papillons qu’on voit voler ressemblent comme deux gouttes d’eau aux papillons de la vieille. Ça pourrait très bien être eux d’ailleurs, rien ne peut te permettre, à toi, à moi, à aucune néophyte, de se prononcer là-dessus dans un sens ou dans un autre. Les adultes c’est pareil. Tu ne les verra jamais mourir, eux seuls le vivent et le savent. Tu ne feras pas la différence entre un être humain et son fantôme, la différence est impalpable, quasi-inexistante d’un jour à l’autre, d’une seconde à l’autre. Et pourtant cette seconde, c’est toute la différence. Tu veux savoir qui est un fantôme et qui ne l’est pas ? Alors trouve l’endroit où meurent les papillons et ramène un cadavre. "

Le silence s’installa à nouveau. Comme tous les couples, ils adoraient jusqu’à l’extrême ces chamailleries sans raisons et sans conséquences. Cela leur provoquait une sensation de danger et ces déversements de haine inconsistante sans se soucier des sentiments de l’autre procuraient à coup sûr un besoin d’amour, de tendresse, à nouveau. S’en suivaient des sourires cherchés du coin de l’œil, une tension encore plus palpable dans les gestes de chacun et comme des piqûres électriques à chaque contact de leurs peaux. Cette fois pourtant, Sacha eut un doute, ne ressentit pas grand chose, jusqu’à ce que sa main touche celle de Marie par inadvertance, et alors c’était reparti, il avait été repris entrain de l’aimer.

" - Alors c’est un fantôme ou pas, la serveuse, demanda-t-il ?

-A coup sûr. Même pas la peine de se poser la question. Tu me déçois.

-A quoi tu le sais ? Tu sais où les papillons meurent, toi ?

-Peut-être… Mais pas besoin de ça. Tu as regardé la façon dont elle s’est dissoute dans l’air en repartant ?

-C’est à cause de la chaleur. La buée se mélange à la fumée qui vient de la cuisine.

-Très bien, alors regarde. La fille dont tu me parlais tout à l’heure vient de se lever, elle s’en va. Est-ce qu’elle disparaît de cette façon, elle ? "

Ils marquèrent une pause, observant la jeune fille se lever après avoir régler sa consommation . Le suspens de son départ était rythmé par l’écho de ses talons hauts sur le carrelage qui recouvrait le sol. Elle marchait doucement mais d’un pied ferme, se retournant vers le cuisine lorsqu’elle la longea, dandinant des fesses en remarquant le regard d’un des serveurs. Elle ne disparaissait pas. Elle était parfaitement visible, du début jusqu’à la fin. Leur faisant face en descendant l’escalier en colimaçon, elle les surprit les yeux rivés sur elles, et ils eurent un réflexe de recul pour rire en la voyant disparaître dans l’escalier, et seulement dans l’escalier."

Posté par Paul Austere à 16:39 - nos nuits ardentes- roman en ligne et en direct - Commentaires [0] - Permalien [#]

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