It May All End Tomorrow (comme son titre l'indique)

Des notes sur rien et la création d'un roman étape par étape, le tout orchestré par un jeune auteur, aspirant écrivain, inspiré par Cocteau, Dostoeivsky, le rock, le jazz.

05 octobre 2006

I know I’m unloveable

Aujourd’hui nous allons nous parler d’un truc super cool : la sémantique et le langage.

Eh non, ne partez pas… Peut-être que si je vous dit que je m’appuie sur trois choses précises, cela vous donnera envie de rester. Ces trois choses sont : une chanson de Smiths, mon expérience personnelle, et ce que j’écrits.

Et non vous inquiétez pas (ou inquiétez-vous si vous êtes érudits), je ne connais rien en sémantique, je déteste tout ce qui touche aux règles et j’ai bien l’intention d’attaquer le problème à ma façon.

La chanson est " Unloveable " des Smiths.

Vous ne remarquez rien ? " Unloveable " est totalement intraduisible en français. Mieux encore, son inverse, " loveable ", non plus.

L’adjectif le plus proche de loveable pourrait être lovely, qui se traduit en français par " charmant ", ce qui est plutôt pas mal.

Mais " loveable " ? Dans le chapitre 2 (" Quand serons-nous des fantômes ? ") de Nos Nuits Ardentes, je prends le risque de le traduire littéralement par " aimable ", réintroduisant le sens premier qui nous est indiqué par la construction du mot, c’est à dire " de la capacité, la faculté, à être aimé et se faire aimer ", au sens de l’affection et de l’Amour.

Et alors nous avons deux sens au mot " loveable " / " aimable " : capacité à être aimer, et capacité à se faire aimer. Je me concentrerai dans un premier temps sur cette dernière acceptation du mot, la première étant toute aussi intéressante mais, bien que pouvant paraître semblable, très différente.

Maintenant réfléchissez. Est-ce que quelqu’un qui se définirait par ayant une forte " capacité à se faire aimer ", de provoquer une sorte d’attirance, pas forcément liée au physique, mais faisant appel à des sentiments étranges et soudains, ça vous dit quelque chose ? Je suis sûr que ça le fait, obligatoirement, quelqu’un, dans vos souvenirs, dans votre réalité de tous les jours, use ou a usé de ce genre de capacité sur vous, peut-être même sans le vouloir, et à coup sûr sans que vous le vouliez.

Et pourtant, alors qu’on nous balance des traductions ridicules de mots comme e-mail ou spam qui se suffisaient à eux-mêmes, personne ne s’élève et n’hausse la voix pour la défense du mot " aimable " comme traduction de " loveable ".

Donc, nous utilisons charmant. Ça marche plutôt bien, c’est pas transcendant mais bon, on fait avec. Pourtant, quel est l’inverse du mot : : " charmant " ? Peu, pas charmant ? Non, en réalité, quand on y réfléchit bien, nous utilisons le plus souvent le mot " antipathique " pour définir quelqu’un qui n’est pas du tout charmant.

Maintenant comparons : d’un côté " unloveable ", de l’autre " antipathique ".

Aucun rapport entre ces deux mots, c’est évident.

Donc, quelqu’un qui ne dispose pas du tout de la capacité à se faire aimer, n’existe pas aux yeux du linguiste français. Et nous sommes tous des linguistes français puisque non contents d’utiliser le français pour communiquer, nous l’utilisons pour former (devrai-je dire " formater) notre pensée.

Au fond, c’est presque drôle. Quelqu’un d’ " unloveable " en anglais est quelqu’un qui ne dispose pas de la capacité à se faire aimer aux yeux des autres, tandis quel quelqu’un d’ " unloveable " en français, c’est carrément quelqu’un d’inexistant, d’invisible, dont on ne peut parler et auquel on ne peut penser (puisque nous ne disposons pas de vocabulaire pour le matérialiser dans notre pensée).

C’est le comble ! Par l’oubli, nous avons trouvé la meilleur définition possible du terme " unloveable "…

Toutefois, comme j’ai utilisé " aimable " pour traduire " loveable ", je proposerai le terme " peu aimable " pour essayer de définir " unloveable " en français.

Il faut bien le traduire, ce terme d’ " unloveable ", puisque de tels personnes, de telles facultés existent.

Pensez à Morrissey. Qu’est-ce qui peut mieux le définir, dans un premier temps, qu’ " unloveable " ? Solitaire, isolé, déprimé, timide, peu confiant, etc. Tout ça fait de lui quelqu’un d’ " unloveable " et ne me dites pas que le terme " unloveable " n’est pas ce qui qualifie le mieux ses déclarations, son mode de vie et son apparence sur les vieilles photos des Smiths comme celle-ci :

20060331220735_smiths

Moi aussi, je me considère comme " unloveable ", ou " peu aimable ", puisque je suis français. Et les faits le prouvent : je suis complètement incapable d’attirer quelqu’un, de provoquer ce quelque chose, cette sorte de mal de ventre couplé d’une drôle de joie elle-même teintée d’inquiétude, caractéristique de l’état amoureux.

Et dans le langage français, je suis indéfinissable, donc inexistant, tout simplement Ce qui est plutôt vrai.

Donc, et ce sera ma conclusion, je serai finalement plutôt pour le fait de ne pas traduire " unloveable ", parce que cette absence de traduction est tout simplement parfaite. Être " unloveable ", c’est être ignoré, c’est évident, ça coule de source.

Par contre, le terme " loveable " a besoin d’une traduction française autre que " charmant ". Je réitère donc ma proposition d’ " aimable ". C’est déjà ce dont je traitais, sans en avoir conscience, dans mon espèce de nouvelle intitulé " Fuck Forever " : quand on parle d’un être " loveable " ou " aimable ", on touche à la quintessence même de l’amour, des sentiments et de l’attirance. A son mystère tout simplement. Pourquoi tombons-nous amoureux de tel ou telle personne. Il n’y a pas que le physique, ni même l’esprit, assurément. Il y a autre chose, qui réside dans ce " loveable ", qui peut d’ailleurs être un terme subjectif, propre à la vision de chacun de nous.

Et ce n’est pas étonnant si les plus grands poètes romantiques sont français. En l’absence d’une terminologie adéquate de notre langage pour définir les étranges sentiments qui les assaillaient, les romantiques n’ont pas eut d’autres choix que de conjuguer les mots et les images afin d’écrire des œuvres bouleversantes, seul moyen de traduire en français ces sentiments.

Posté par Paul Austere à 17:00 - des notes sur rien - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    Avec du recul je me rends compte que l'étude est, bien évidemment, parcelaire.

    Qu'en est-il de l'attraction, de la séduction, etc...

    Je ne l'ignorais pas en l'écrivain (je feignais l'ignorer), mais j'ai écrit cela il y a une semaine ou deux (un dimanche soir pour être précis), après avoir travaillé de nombreuses heures à mon bureau, tandis que je pensais avoir la tête complètement vide et épuisée.

    C'est sorti comme cela. Une espère d'écriture automatique qui n'en est pas une (d'ailleurs l'écriture automatique n'existe pas, ce sont des mensonges, les écrivains aiment bien paraitre mystiques).

    Mais toute fois, j'aime à penser que le résultat n'est pas si éloigné du coeur du sujet.

    Posté par Paul Austère, 07 octobre 2006 à 17:52
  • unloveable

    Bonjour. c'est toujours intéressant de digresser à partir des chansons des smiths. Unloveable est aussi le morceau dans lequel je me reconnais le plus et ce depuis ce jour de 1986 où j'ai écouté la face B du Maxi single Bigmouth Strikes Again. Vous avez raison loveable est la traduction littérale de aimable dans le sens de capable d'être aimé et il existe son contraire en malaimable, très peu utilisé, qui pourrait être la traduction de unloveable. Mais vous avez encore raison, inutile de traduire. Unloveable est beaucoup plus beau.

    Posté par gsxmq, 24 mai 2016 à 20:37
  • Mmmh... !?!

    Posté par Sol, 03 juillet 2007 à 19:44

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