It May All End Tomorrow (comme son titre l'indique)

Des notes sur rien et la création d'un roman étape par étape, le tout orchestré par un jeune auteur, aspirant écrivain, inspiré par Cocteau, Dostoeivsky, le rock, le jazz.

13 novembre 2006

Notre (dernière) nuit ardente Partie 3

Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 3 page 3:

" The Field Mice - Sensitive

Le garçon blond continua à avancer, tentant difficilement de trouver de l’aide dans la direction de Sacha et Marie. Le motard ne braquait plus d’arme sur eux et peut-être que Sacha aurait pu tenter quelque chose. Se jeter sur lui, lui prendre son arme ou tout simplement prendre la fuite. Lucide, il se contenta d’attraper le bras du garçon blond, d’essayer de le soulever pour qu’il se relève, en vain. Le garçon blond restait au sol, sonné, les jambes et les bras contorsionnés par la douleur, seul son visage ressortant de l’amas ensanglanté de son corps, perdant ses yeux vides en direction de Sacha qui observa longuement ce visage, les yeux bleus pales de cet étranger exprimant une terreur sans fin, la couleur de son sang répandu qui semblait bien trop irréelle, les bulles d’hémoglobine qui se détachaient de ses narines à chacune de ses expirations douloureuses. Soudain interrompu dans sa contemplation, il entendit une voix étouffée qui se faisait violence, une voix aiguë qu’on essayait de camoufler et qui s’adressait à lui depuis le distributeur automatique, à travers le casque du motard, et qui lui demandait son code bancaire.

Le motard balançait le casque, et ce qui devait être sa tête à l’intérieur, de haut en bas en guise d’exaspération. Sacha lui hurla les quatre chiffres, la voix tremblante d’émotion, l’esprit saisi d’un vertige, le corps tout entier bouleversé par cet instant où il prononçait à haute voix cette combinaison pourtant si simple, qui le définissait peut-être mieux que n’importe quelle description, emporté qu’il était par la solennité de ce moment comme s’il prononçait son véritable nom pour la première fois : " 1607 ". Il regarda Marie et ressentit le même mélange de honte et d’espoir que la première fois où il s’était montré nu devant elle.

Le motard, visiblement tendu, se pencha contre le clavier pour taper les chiffres. A force d’excitation, ce qui ressemblait à un liquide brunâtre s’échappa de l’arrière de son casque, à une vitesse très rapide et arrêta soudain son développement à la hauteur de ses fesses. Le vent souffla à nouveau et souleva le liquide brunâtre, le séparant en des dizaines et des dizaines de filaments d’à peine un millimètre. C’étaient des cheveux. Des cheveux longs et soyeux qui venaient de croiser le regard de Sacha.

Le compte de Sacha fut vidé très vite mais dans cet intervalle, il comprit que ces cheveux bien trop longs, bien trop soyeux, étaient ceux d’une femme. Et quand le motard se retourna, ouvrit sa veste pour y glisser les billets, il put discerner la forme de seins sous l’épaisseur de cuir. Il ne savait que faire. C’était bien une fille. Il se mit à remarquer des détails qui lui avait échappé, toutes les parties de son anatomie qui apparaissaient, sa main droite, alors qu’elle avait enlevé son gant pour pianoter sur le clavier du distributeur automatique, un morceau de son cou, entre le bas de son casque et le haut de son t-shirt blanc qui se dévoilait sous la veste en cuir entrouverte. Il pourrait peut-être prendre l’avantage sur elle. Et soudain il se surprit à ressentir un sentiment déplacé : il avait honte et peur que Marie l’ait vu la regarder avec plus d’instance qu’il n’aurait du dans cette situation. Puis il remarqua pour lui-même qu’il l’avait regardée avec plus d’insistance qu’il n’aurait du dans n’importe quelle situation.

C’est à cet instant précis qu’une voiture décapotable lancée à vive allure fit demi-tour après les avoir dépassés en trombe. La voiture fonça dans leur direction, le conducteur comme fou au volant, hurlant une phrase que Sacha ne comprit pas immédiatement, la fille en motard se jetant sur le côté, juste avant que la voiture ne percute, à l’endroit exact où elle se tenait, le distributeur automatique, s’encastrant dans la machine du capot jusqu’à la moitié de l’habitacle, lançant des gerbes incontrôlées de sang en une fraction de seconde. Ce n’est qu’une fois que la voiture recula légèrement sous l’impact, manquant de l’écraser, qu’il comprit ce qu’avait dit le conducteur. " Bénarès, c’est mon tour de me venger ".

La fille en motard ne perdit pas de temps. Elle avait couru dès qu’elle avait aperçu la voiture lui foncer dessus et enfourchait déjà sa moto rouge, à une dizaine de mètres de ce qui restait du distributeur automatique, non loin de la voiture de Sacha. Elle démarra d’un coup sec de son pied sur le starter et partit sans même se retourner sur l’endroit de sa mort potentielle. Ses cheveux s’animèrent sous l’effet du vent.

De la fumée avait désormais remplacé tout l’air qui avait pu circuler entre les otages. Oubliant tout de Marie, du garçon blond, du bruit atroce que produisaient les restes du moteur de la voiture, compactés, ronronnant comme un animal hurle, au milieu des décharges électriques qu’envoyait le distributeur automatique éventré, Sacha courut vers sa voiture. Marie essaya de le retenir, ne comprenant pas pourquoi il partait, où il allait. Il arracha sa main de son bras. Il ne répondit pas à ses paroles, devenant bientôt des cris, fondant vite en supplices. Il la laissa seule et ne se retourna pas. Seule avec un jeune homme en sang et une voiture qui avait fusionnée avec son occupant. Elle tira d’abord le garçon blond, apparemment inconscient, jusqu’à ce qu’il soit hors de portée des décharges électriques, puis, extenuée par l’effort physique que cela avait demandé et par l’amas de fumées qu’elle avait avalé, s’écroula à ses côtés, contre la première marche d’un escalier. C’est à ce moment-là, peut-être un peu plus tard, quand elle commençait à se sentir mieux, quelques minutes après l’accident, tout au plus, que quelque chose s’ajouta aux bruits stridents que produisaient les restes de la voiture. Ce son devint de plus en plus fréquent, il ressortait particulièrement lorsque la voiture, pour reprendre son souffle sans doute, arrêtait d’hurler. L’ouïe de Marie avait été sévèrement attaquée par le bruit de l’accident. Elle dut se lever sur une intuition, déplier ses jambes endolories par un traumatisme invisible et s’approcher du véhicule, prudemment, pour éviter les décharges. C’était une voix, provenant de la fumée, provenant de l’accident, en plein dans l’épicentre, en plein dans la voiture. Elle prit tardivement conscience qu’elle devait appeler une ambulance.

Sacha démarra en trombe dans l’espoir de suivre la moto qui disparaissait déjà au loin dans l’avenue. Il avait raison depuis le début : il avait oublié de fermer sa portière à clef. Dans sa tête, il commençait seulement à entendre Marie l’appeler. " Où tu vas ? Qu’est-ce que tu fais ? Reste ! Reste ! ". Trop tard, dans son champs de vision, il n’avait plus que cette mèche de cheveux, filant au loin, portée par le vent. Il violenta l’accélérateur. "

Posté par Paul Austere à 22:58 - nos nuits ardentes- roman en ligne et en direct - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    The Field Mice

    The Field Mice - Sensitive est d'après moi une des plus belles chansons jamais enregistrée.

    Et pourtant elle est inconnue. Plus maintenant pour vous. (Merci à Lenoir)

    Lyrics :

    "We all need to feel safe
    then that's taken away
    sometimes I want to return
    return to before
    the trouble began
    that time of no fear

    By showing you I'm
    sensitive
    you do risk
    being crucified
    crucified by
    those you are unlike

    My feelings are hurt so easily
    that is the price that I I pay
    the price that I do pay
    to appreciate
    the beauty they're killing
    the beauty they're busy killing

    If the sun going down
    can make me cry
    why should I
    why should I
    why should I not
    like the way i am?

    My feelings are hurt so easily
    that is the price that I I pay
    the price that I do pay
    to appreciate
    the beauty they're killing
    the beauty they're busy killing
    killing
    killing
    killing "

    Je pourrai prétendre l'avoir écrite. D'ailleurs je le faits. JE L'AI ECRITE. Si!

    Posté par Paul Austère, 13 novembre 2006 à 23:11
  • Je suis arrivée ici grace à "Spirit of Albion"
    Je reviendrai

    Posté par Biggles, 16 novembre 2006 à 12:03
  • repeat and fade...

    "Sensitive"... le moceau le plus addictif au monde! D'ailleurs c'est moi qui l'ai écrit! Tout comme "Letting Go"! Il faudra la mettre en boucle dans mon cercueil aussi!

    Posté par twoface, 13 décembre 2006 à 14:08
  • je découvre

    bonsoir! je découvre ton blog, via le concours, c'est dense alors je reviendrai tranquillement, mais déja j'aime bien l'idée de la musique et du texte.

    Posté par selva, 20 décembre 2006 à 23:54
  • Je profite de vos commentaires très gentils (n'hésitez pas à me contacter par mail si vous avez envie d'échanger et dialoguer - c'est valable pour tous le monde)pour annoncer mon grand retour !!!

    En janvier, nombreuses mises à jour, peut-être une ou deux nouveautés dans le design, etc.

    + mes tops 2006 musiques et ciné.

    Posté par Paul Austere, 03 janvier 2007 à 13:43

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