It May All End Tomorrow (comme son titre l'indique)

Des notes sur rien et la création d'un roman étape par étape, le tout orchestré par un jeune auteur, aspirant écrivain, inspiré par Cocteau, Dostoeivsky, le rock, le jazz.

15 janvier 2007

Notre (dernière) nuit ardente Partie 5

Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 3 page 5 :

"New Order - Let's Go (nothing for me)

Le téléphone vibra dans sa poche. Déjà lancé sur la route, il leva très légèrement le pied le temps de l’extirper de son pantalon qui collait contre sa peau en sueur. Sur l’écran retro-éclairé le nom de Marie s’affichait en grand et illuminait l’intérieur sombre de sa voiture. C’était un message. « G suis ou on devais être. é ou tu devrais être. Oublions tout ca ». Il ne put déchiffrer ces hiéroglyphes à la première lecture. Etait-ce l’écriture ou la formulation ? Ce texte lui semblait prendre la forme d’un code secret qui illumina en lui les sentiments qu’avait effacé son sprint nocturne. Marie avait retrouvé leurs amis. En une fraction de seconde, il reprit conscience de leur vie à tous les deux avant l’accident. Tout bascula à nouveau, comme les événements n’avaient pas arrêté de basculer toute la journée. Plus tard, peut être pour se justifier, il analysa sa décision de faire demi-tour et de retrouver Marie, non pas comme un abandon, mais comme un bond en avant. Affronter les difficultés. Une prise en main de son destin, bien plus courageuse que de suivre la fille à la moto. Il fit demi-tour, en direction de la boite de nuit.

Sur la piste, il dansait, balançait son corps contre les autres convives, secouait sa tête, et ne pouvait se détacher de l’impression que tout le monde autour de lui le regardait et comprenait ce qui s’était passé dans la soirée. En fait, il essayait de savoir si les gens le regardaient vraiment avec insistance ou si c’était dans sa tête. La cravate rouge qu’il portait par dessus sa chemise en soie virevoltait au rythme des pas de danse et lui infligeait des petites claques sur le visage quand il s’agitait de trop.

Marie lui avait dit à son arrivée, descendu en trombe de la voiture qu’il avait forcé dans ses limites pour arriver jusqu’à la boite de nuit : « Tu as l’air horrible ! Si fatigué… Rentre chez toi, ce n’est pas grave », mais il n’avait pas voulu l’écouter. Elle l’avait empêché de suivre la fille à la moto, tout ça pour qu’il se trouve là, en sueur, serré contre d’autres gens en sueur, tentant de danser au plus près de la climatisation, alors il allait en profiter. Son visage brûlait d’une fièvre infectieuse qui s’étendait lentement au reste de son corps. La musique se fit syncopée. Les projecteurs clignotèrent par alternance. Les danseurs disparaissaient et réapparaissaient. Il ne reconnaissait plus le disque. Marie fut en face de lui. Elle lui prit les deux mains. Elle dansa avec lui. Se colla contre lui. Se sépara de lui. Se colla contre lui.

Quelqu’un, un autre danseur, se cogna violemment contre son dos. Le temps de se retourner, transporté par une colère injustifiée qui grandissait en lui depuis longtemps, et il crut reconnaître une masse de cheveux blonds qui s’éloignait au milieu de la foule, se frayant tant bien que mal un chemin parmi les danseurs nerveux, en direction du bar dans une autre salle. C’était le garçon qui s’était fait agresser avec eux.

Il voulut immédiatement le suivre et fut retenu par la force surprenante du bras de Marie qui le tira à elle. Elle lui sourit, fit semblant de ne pas voir qu’il avait été distrait et paraissait ne pas avoir remarqué le garçon blond. Sacha essaya de se soustraire à son étreinte tout en suivant le garçon blond du regard. Marie finit par le lâcher, comme un abandon, tandis qu’il se débattait, tant et si bien qu’il faillit être projeté à terre par sa propre force. Elle s’éloigna, ostensiblement en colère, percutant les autres danseurs. Parce qu’il avait perdu le garçon blond du regard, il la suivit.

Elle l’emmena près de la sortie de la discothèque devant la porte entrouverte par laquelle filtrait la chaleur de la nuit si semblable à l’air étouffant de la journée, récupérant au passage ses affaires. Se retournant enfin, le fixant droit dans les yeux, révélant le mascara noir qui commençait à s’écouler des siens, elle dit « Je rentre. Je te laisse le choix. Ou tu viens avec moi là tout de suite. Ou bien tu me laisse sur le pas de cette porte, parce que pour je ne sais quelle raison tu n’as pas envie de me voir ce soir, de la même façon que tu n’avais pas envie d’être avec moi tout à l’heure, de me réconforter et de partager ma peur, et alors  on se reverra quand tu te seras reposé, quand tu auras quitté ce tain blafard, et ce sera à moi de décider où, quand et si j’en ai envie ». Sacha scruta d’un œil la piste de danse en contrebas dans l’espoir d’y apercevoir la garçon blond. Il était sans doute toujours au bar. Il voulait lui parler mais il ne voulait pas que Marie l’aperçoive. Alors il la laissa partir. Ce serait trop facile de réduire la décision et ses conséquences à cela et pourtant, à l’instant crucial, celui durant lequel il aurait pu, ou du, prendre sa main, lui demander de rester, lui proposer de changer, s’excuser, partir avec elle, la seule chose qu’il lui vint en tête c’était de la honte. Honte de n’avoir rien pu faire bien plus tôt, pour lui, pour elle, pour le garçon blond et même la fille à la moto. Il ne pourrait jamais se pardonner à lui-même et ne pouvait donc accepter que Marie lui pardonne. Il se rappela son reflet dans le rétroviseur. Avait-il encore ce même visage ? Il décida que oui et il laissa partir Marie, dans un lent soupir rendu inaudible par la musique de la boite de nuit. Peut-être que ce soupir aurait pu faire la différence. Qu’elle aurait pu tout comprendre. Mais elle partit sans se retourner. "

Posté par Paul Austere à 22:08 - nos nuits ardentes- roman en ligne et en direct - Commentaires [0] - Permalien [#]

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