It May All End Tomorrow (comme son titre l'indique)

Des notes sur rien et la création d'un roman étape par étape, le tout orchestré par un jeune auteur, aspirant écrivain, inspiré par Cocteau, Dostoeivsky, le rock, le jazz.

28 septembre 2006

Quand serons-nous des fantômes ? Partie 1

Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 2 page 1 :

"Bob Dylan : Let Me Follow You Down

Elle gobait la vie. " La Vie " était le nom d’une glace censée représenter la création, un trio de boules bleues au parfum chimique impossible à identifier, recouverte de chantilly pour figurer les nuages, des morceaux de noisettes concassés en guise de terre, des feuilles de menthe pour la flore. L’hommage n’était pas parfait. Marie la mangeait toujours en moins de cinq minutes, engouffrant sans répit des cuillères pleines et gelées, sa gorge se refroidissant sous les coups successifs des cuillères, puis restait silencieuse, les yeux plongés à travers l’horizon de la baie vitrée pendant que Sacha terminait la sienne. Il savait ou pensait, dans ces moments-là, qu’elle se taisait parce qu’elle avait mal aux dents et au ventre. Ce café était leur refuge, un endroit dans lequel ils ne se rendaient qu’à deux. Au pire, il leur arrivait d’y aller seuls, quand l’un d’eux avait un empêchement, et alors il ou elle mangeait très lentement, en pensant à l’autre. Les amis n’étaient pas admis. Ils s’asseyaient toujours contre la baie vitrée qui proposait une vue imprenable, immense, surplombant tous les immeubles et donnant sur le centre de Pleyel. Ou ce qu’il en restait. La ville qu’ils avaient tant appréciés à la naissance de leur amour n’était plus. Depuis des mois semblables à des années, Pleyel était en reconstruction. Ses petites rues, ses routes parfois encore pavées ne suffisaient plus aux transports routiers et aux allers -retours des voitures aux heures de pointe. De plus, l’absence de locaux disponibles faisait fuir les entreprises et le chômage augmentait progressivement, entraînant lentement dans son sillage pauvreté et délinquance. C’est pourquoi, en lieu et place des cinémas de quartier, des vieux temples et des demeures de caractères s’étendait un immense chantier de terre brune, parfois protégé par des palissades. En plus des immeubles, squares et zones franches étaient prévus, se partageant deux tranchées quasi-parallèles comme les veines de l’avant-bras, un métro, et un tunnel autoroutier, parcourant la ville d’un bout à l’autre en souterrain. La rénovation de la moitié de la ville était déjà terminée et l’on pouvait voir, non loin des travaux, le débouché provisoire de ce réseau souterrain et des centaines de voitures et de piétons se déversant dans les dédales de rues contournant les travaux. Le soleil, malgré la poussière soulevée par les travaux, éclairait d’une lumière possédée le visage de Marie. Elle était belle, quelque soit les définitions du mot. Les nombreuses facettes de son être étaient imprégnées de cette beauté, elle était parfaite, unique, chaque recoin de son corps comme travaillé par la main d’un sculpteur, ses cheveux toujours, absolument toujours, aussi frais qu’après le coiffeur, ses vêtements épousant parfaitement ses mesures et pourtant quand il le fallait, d’un simple mouvement, elle acquérait une fragilité, une asymétrie dans le regard, qu’elle accentuait par des lunettes à monture fine qu’elle portait si sporadiquement que l’on pouvait douter de leur utilité, fragilité qui se répercutait en elle, créant une poignée de défaut, comme des fissures dans sa carapace d’or, révélant un peu de son âme, de sa substance, la rendant encore plus aimable, au sens de sa capacité à se faire aimer au premier coup d’œil, au premier sourire, que belle."

Posté par Paul Austere à 17:19 - nos nuits ardentes- roman en ligne et en direct - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    Voilà la surprise : ce deuxième chapitre n'a aucun rapport avec le premier (en apparence). A part la ville où l'action se passe bien sûr.

    C'est parce le 1er chapitre intitulé "Il voulait une révolution, etc." que vous avez pu lire ici, n'existais pas au début. Il n'est venu qu'à posteriori.

    Et pour les amoureux du sens, un lien entre ces deux chapitres viendra dans le troisième.

    Pour l'instant, je suis heureux de vous présenter Sacha et Marie. C'est à eux que vous aurez à faire pendant un petit bout de temps. Merci de les choyer.

    Ils ne sont pas très originaux. Mais j'essairai (et c'est tout le but) de vous les faire aimer et comprendre.


    Pour en revenir au manque de lien entre les 2 chapitres, sachez simplement que j'aime l'idée d'écrire une fresque. Et j'aime l'idée que ce qui était parti pour être un roman raté planqué sur mon ordi puisse devenir un fresque d'un nouveau genre, utilisant au mieux internet et la musique.

    Posté par Paul Austère, 30 septembre 2006 à 14:28

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