27 octobre 2006
Lawrance Welk meets Velvet Underground - Sister Ray
Comment être très drôle avec très peu de chose : un poil de talent, une bonne idée, de la chance, beaucoup de chance, et surtout, une extraordinaire coincidence de gestes, de rythmes, et d'antagonismes.
26 octobre 2006
Notre (dernière) nuit ardente Partie 1
Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 3 page 1:
"Radiohead - Hunting Bears
Sacha devait rejoindre Marie et leurs amis communs dans un bar, peu avant 23 heures. Malgré son retard déjà bien consommé, il s’arrêta devant un distributeur automatique de billets. Sans doute Marie était-elle déjà dans le bar, souriante et heureuse, seulement trahie par les tapotements irréguliers de son pied contre le socle en métal de la table à laquelle elle était assise. A son arrivée, elle n’arrêterait pas de sourire, fondrait dans ses bras et se laisserait lentement glisser contre son torse pour enfin sentir ses baisers couvrir ses cheveux. Elle ne dirait rien à propos de son retard. Pas tout de suite. Plus tard dans la soirée, au moment le plus imprévu, elle se retournerait sèchement vers lui, et quand ses cheveux glisseraient à travers l’air pour laisser apparaître son visage si fragile, il verrait une étincelle dans ses yeux, sans qu’elle ne dise rien d’autre, sans qu’elle ne se plaigne au sujet de quoi que ce soit. Cette simple petite étincelle disparaîtrait au bout de quelques secondes, juste avant qu’une autre personne ne la voit et Sacha serait le seul à s’en rappeler, le seul à avoir été frappé, le seul à en chercher la signification, investiguant en vain le sourire renouvelé de Marie, chacune de ses paroles, de ses faits et gestes, sa façon de fumer les cigarettes, interprétant le moindre nuage de fumée exhalé par ses lèvres lisses et douces comme une mise à mort. Las, il arrêterait et n’aurait plus qu’à faire disparaître ce souvenir qui encore, au cours de la soirée, se superposerait par le biais de son imagination au visage muet de Marie, le temps stoppé autour d’elle. Les heures passant, il oublierait son tourment, il se balancerait dans les bras de Marie au son de la musique, l’embrassant, respirant l’air autour d’elle, cet air qui partagerait tant de choses avec l’odeur de sa peau, il lui sourirait et à ce moment-là, dans la solitude d’une étreinte, ce masque reviendrait, l’espace d’un seul instant, sur le visage de Marie. Il sentirait ses membres à lui faiblir, incapables de soutenir son corps accablé encore un peu plus et dans un ultime geste, il essaierait de la repousser juste au moment où, de ses bras soudain plein de forces, Marie le retiendrait et le serrerait contre elle, mettant fin à tout contact visuel, mettant fin à tout grief, le pardonnant, simplement. Le pardonner de rien, le pardonner pour un rien. C’était aussi simple."
20 octobre 2006
The Cure - Charlotte Sometimes
ça pourrait être du Cocteau ou du Carpenter. ça permet de voir à quoi ressemble vraiment Robert Smith.
Et avant tout, gardez à l'esprit qu'il ne faut jamais, jamais, appréhender ce genre de musique comme de la musique "gothique". Ce n'est pas de la musique "gothique". C'est simplement de la musique. Il n'y rien de gothique, parce que Cocteau n'est pas gothique. Le gothique n'a fait que vulgariser tout ça, comme le porno vulgarise le sexe.
Pour moi, c'est l'histoire d'une jeune fille qui essaie d'échapper à ces pulsions (envers les garçons) et s'imagine vivre dans un siècle passé, pensant que si elle avait vécu à cette époque, elle n'aurait pas eu ces pulsions. A la fin, elle se rend compte de son erreur. Rien ne peut chasser notre nature, même pas les siècles.13 octobre 2006
If You Rescue Me (Velvet Undergroudn vs Michel Gondry)
Même si la vidéo parait bizarre, elle permet de voir "If You Rescue Me", reprise d'After Hours du Velvet, extrait de la Science des Rêves.
Et oui, cette représentante locale de la SPA a l'air un peu trop sexy pour être vrai. Mais si elle est sincère, alors elle est touchante.
Quoi qu'il arrive, c'est encore une de ces pépites que l'on ne trouve que sur Youtube.
De la poésie pure parce que pathétique, touchant, intime. Quelque part, c'est humain, humain comme les humains devraient l'être.
12 octobre 2006
Quand serons-nous des fantômes ? Partie 4 (fin)
"Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 2 page 4 (fin):
Devendra Banhart - An Island :
-Très bien la serveuse est un fantôme, c’est sûr, avoua Sacha. Ce qui nous ramène au même point, on a pas avancé d’un centimètre : depuis quand est-elle un fantôme ?
-ça, elle seule le sait. Son entourage proche aussi, peut-être, s’ils la connaissent vraiment bien.
-Suffit de lui demander.
-Fais-le toi lui répondit-elle du tac au tac.
-C’est ton truc ça, c’est à toi de lui demander.
-Non. J’ai pas envie de lui demander. C’est très personnel. Pourquoi est-ce que je voudrais le savoir, s’indigna-t-elle.
-Parce que c’est toi qui a ébauché toute cette théorie.
-Ce n’est pas qu’une théorie. Et ça m’effraierai de savoir ce genre de chose. Ça m’effraie déjà bien assez de comprendre la réalité des choses. Je ne veux pas en savoir trop. Trop savoir, trop comprendre, ça pourrait me transformer en fantôme.
-Tu me le dira à moi, prononça-t-il tout doucement ?
-Quoi ?
-Le jour où tu sera un fantôme, tu me le dira ? Tu me préviendra ? Tu me dira ce qui s’est passé, tu m’expliquera pourquoi et comment ?Tu me fais assez confiance pour me dire ce genre de choses, tu m’aimes assez pour me révéler ça au moment où ça arrivera ?
-Crois moi, tu deviendra un fantôme bien avant moi, se défendit Marie !
-Je m’en fous de ce que je serai, on s’en fout de moi, te cache pas derrière moi, réponds moi, dis moi la vérité …
-Ça n’arrivera pas. Je ne deviendrais pas un fantôme. Ou alors je me tuerai juste à ce moment-là, juste au moment où je l’aurais compris. Mais je ne serais jamais un fantôme, je serai toujours une adolescente et si un jour je ne le suis plus, j’attacherai cette adolescente que j’étais, je l’attacherai à moi, je la garderai contre mon épaule, de force s’il le faut, elle sera toujours là, elle pourra me parler à l’oreille, me donner de mauvais conseil, me forcer à faire des idioties. Si je dois finir comme une vieille folle, alors je finirai comme une vieille folle. Je ne serai jamais un fantôme.
-Ce jeu n’est plus drôle. Je n’ai plus envie de ça, se plaignit Sacha
-Ce n’est pas un jeu, avoua Marie, presque résignée… "
Juste à ce moment-là, l’adolescente en rouge apparut en bas de l’immeuble, elle avança sur le trottoir, comme si elle marchait normalement, comme si elle s’éloignait vraiment du café, et puis parvenu à une distance raisonnable, elle se retourna d’un coup et fixa la baie vitrée. Pour confirmer ses doutes, elles se trouva nez à nez, à quelques dizaines de mètres de hauteur, avec Sacha et Marie qui l’observaient, une lueur dans leurs regards simplement plus triste que tout à l’heure. Elle les fixa à son tour pendant un bon moment, espérant qu’ils craquent avant elle et voyant que cela n’arriverait pas, leur tira la lange de toute ses forces, qui, depuis la baie vitrée, ressemblait à un minuscule carré tout rose. Sûr qu’elle n’était pas un fantôme. "
05 octobre 2006
I know I’m unloveable
Aujourd’hui nous allons nous parler d’un truc super cool : la sémantique et le langage.
Eh non, ne partez pas… Peut-être que si je vous dit que je m’appuie sur trois choses précises, cela vous donnera envie de rester. Ces trois choses sont : une chanson de Smiths, mon expérience personnelle, et ce que j’écrits.
Et non vous inquiétez pas (ou inquiétez-vous si vous êtes érudits), je ne connais rien en sémantique, je déteste tout ce qui touche aux règles et j’ai bien l’intention d’attaquer le problème à ma façon.
La chanson est " Unloveable " des Smiths.
Vous ne remarquez rien ? " Unloveable " est totalement intraduisible en français. Mieux encore, son inverse, " loveable ", non plus.
L’adjectif le plus proche de loveable pourrait être lovely, qui se traduit en français par " charmant ", ce qui est plutôt pas mal.
Mais " loveable " ? Dans le chapitre 2 (" Quand serons-nous des fantômes ? ") de Nos Nuits Ardentes, je prends le risque de le traduire littéralement par " aimable ", réintroduisant le sens premier qui nous est indiqué par la construction du mot, c’est à dire " de la capacité, la faculté, à être aimé et se faire aimer ", au sens de l’affection et de l’Amour.
Et alors nous avons deux sens au mot " loveable " / " aimable " : capacité à être aimer, et capacité à se faire aimer. Je me concentrerai dans un premier temps sur cette dernière acceptation du mot, la première étant toute aussi intéressante mais, bien que pouvant paraître semblable, très différente.
Maintenant réfléchissez. Est-ce que quelqu’un qui se définirait par ayant une forte " capacité à se faire aimer ", de provoquer une sorte d’attirance, pas forcément liée au physique, mais faisant appel à des sentiments étranges et soudains, ça vous dit quelque chose ? Je suis sûr que ça le fait, obligatoirement, quelqu’un, dans vos souvenirs, dans votre réalité de tous les jours, use ou a usé de ce genre de capacité sur vous, peut-être même sans le vouloir, et à coup sûr sans que vous le vouliez.
Et pourtant, alors qu’on nous balance des traductions ridicules de mots comme e-mail ou spam qui se suffisaient à eux-mêmes, personne ne s’élève et n’hausse la voix pour la défense du mot " aimable " comme traduction de " loveable ".
Donc, nous utilisons charmant. Ça marche plutôt bien, c’est pas transcendant mais bon, on fait avec. Pourtant, quel est l’inverse du mot : : " charmant " ? Peu, pas charmant ? Non, en réalité, quand on y réfléchit bien, nous utilisons le plus souvent le mot " antipathique " pour définir quelqu’un qui n’est pas du tout charmant.
Maintenant comparons : d’un côté " unloveable ", de l’autre " antipathique ".
Aucun rapport entre ces deux mots, c’est évident.
Donc, quelqu’un qui ne dispose pas du tout de la capacité à se faire aimer, n’existe pas aux yeux du linguiste français. Et nous sommes tous des linguistes français puisque non contents d’utiliser le français pour communiquer, nous l’utilisons pour former (devrai-je dire " formater) notre pensée.
Au fond, c’est presque drôle. Quelqu’un d’ " unloveable " en anglais est quelqu’un qui ne dispose pas de la capacité à se faire aimer aux yeux des autres, tandis quel quelqu’un d’ " unloveable " en français, c’est carrément quelqu’un d’inexistant, d’invisible, dont on ne peut parler et auquel on ne peut penser (puisque nous ne disposons pas de vocabulaire pour le matérialiser dans notre pensée).
C’est le comble ! Par l’oubli, nous avons trouvé la meilleur définition possible du terme " unloveable "…
Toutefois, comme j’ai utilisé " aimable " pour traduire " loveable ", je proposerai le terme " peu aimable " pour essayer de définir " unloveable " en français.
Il faut bien le traduire, ce terme d’ " unloveable ", puisque de tels personnes, de telles facultés existent.
Pensez à Morrissey. Qu’est-ce qui peut mieux le définir, dans un premier temps, qu’ " unloveable " ? Solitaire, isolé, déprimé, timide, peu confiant, etc. Tout ça fait de lui quelqu’un d’ " unloveable " et ne me dites pas que le terme " unloveable " n’est pas ce qui qualifie le mieux ses déclarations, son mode de vie et son apparence sur les vieilles photos des Smiths comme celle-ci :
Moi aussi, je me considère comme " unloveable ", ou " peu aimable ", puisque je suis français. Et les faits le prouvent : je suis complètement incapable d’attirer quelqu’un, de provoquer ce quelque chose, cette sorte de mal de ventre couplé d’une drôle de joie elle-même teintée d’inquiétude, caractéristique de l’état amoureux.
Et dans le langage français, je suis indéfinissable, donc inexistant, tout simplement Ce qui est plutôt vrai.
Donc, et ce sera ma conclusion, je serai finalement plutôt pour le fait de ne pas traduire " unloveable ", parce que cette absence de traduction est tout simplement parfaite. Être " unloveable ", c’est être ignoré, c’est évident, ça coule de source.
Par contre, le terme " loveable " a besoin d’une traduction française autre que " charmant ". Je réitère donc ma proposition d’ " aimable ". C’est déjà ce dont je traitais, sans en avoir conscience, dans mon espèce de nouvelle intitulé " Fuck Forever " : quand on parle d’un être " loveable " ou " aimable ", on touche à la quintessence même de l’amour, des sentiments et de l’attirance. A son mystère tout simplement. Pourquoi tombons-nous amoureux de tel ou telle personne. Il n’y a pas que le physique, ni même l’esprit, assurément. Il y a autre chose, qui réside dans ce " loveable ", qui peut d’ailleurs être un terme subjectif, propre à la vision de chacun de nous.
Et ce n’est pas étonnant si les plus grands poètes romantiques sont français. En l’absence d’une terminologie adéquate de notre langage pour définir les étranges sentiments qui les assaillaient, les romantiques n’ont pas eut d’autres choix que de conjuguer les mots et les images afin d’écrire des œuvres bouleversantes, seul moyen de traduire en français ces sentiments.
03 octobre 2006
Quand serons-nous des fantômes ? Partie 3
Extrait des répétitions de Nos Nuits Ardentes (roman), Chapitre 2 page 3 :
" - Alors comment savoir que tel adulte est un fantôme et que tel autre ne l’est pas demanda Sacha?
-On ne peut pas vraiment le savoir. (Tu m’as interrompue là, non, souffla Marie ?). C’est comme les papillons. Ils ne vivent qu’un seul jour. Pourtant, est-ce que tu as déjà vu un papillon mourir ? Est-ce que tu as déjà vu un cadavre de papillon ?
-Je crois bien qu’une fois…commença Sacha
-Tais-toi ! susurra Marie, d’une voix autoritaire mais hilare, le sourire aux lèvres. Personne n’en a jamais vu et pourtant on sait bien qu’ils meurent. Et chaque jour, les papillons qu’on voit voler ressemblent comme deux gouttes d’eau aux papillons de la vieille. Ça pourrait très bien être eux d’ailleurs, rien ne peut te permettre, à toi, à moi, à aucune néophyte, de se prononcer là-dessus dans un sens ou dans un autre. Les adultes c’est pareil. Tu ne les verra jamais mourir, eux seuls le vivent et le savent. Tu ne feras pas la différence entre un être humain et son fantôme, la différence est impalpable, quasi-inexistante d’un jour à l’autre, d’une seconde à l’autre. Et pourtant cette seconde, c’est toute la différence. Tu veux savoir qui est un fantôme et qui ne l’est pas ? Alors trouve l’endroit où meurent les papillons et ramène un cadavre. "
Le silence s’installa à nouveau. Comme tous les couples, ils adoraient jusqu’à l’extrême ces chamailleries sans raisons et sans conséquences. Cela leur provoquait une sensation de danger et ces déversements de haine inconsistante sans se soucier des sentiments de l’autre procuraient à coup sûr un besoin d’amour, de tendresse, à nouveau. S’en suivaient des sourires cherchés du coin de l’œil, une tension encore plus palpable dans les gestes de chacun et comme des piqûres électriques à chaque contact de leurs peaux. Cette fois pourtant, Sacha eut un doute, ne ressentit pas grand chose, jusqu’à ce que sa main touche celle de Marie par inadvertance, et alors c’était reparti, il avait été repris entrain de l’aimer.
" - Alors c’est un fantôme ou pas, la serveuse, demanda-t-il ?
-A coup sûr. Même pas la peine de se poser la question. Tu me déçois.
-A quoi tu le sais ? Tu sais où les papillons meurent, toi ?
-Peut-être… Mais pas besoin de ça. Tu as regardé la façon dont elle s’est dissoute dans l’air en repartant ?
-C’est à cause de la chaleur. La buée se mélange à la fumée qui vient de la cuisine.
-Très bien, alors regarde. La fille dont tu me parlais tout à l’heure vient de se lever, elle s’en va. Est-ce qu’elle disparaît de cette façon, elle ? "
Ils marquèrent une pause, observant la jeune fille se lever après avoir régler sa consommation . Le suspens de son départ était rythmé par l’écho de ses talons hauts sur le carrelage qui recouvrait le sol. Elle marchait doucement mais d’un pied ferme, se retournant vers le cuisine lorsqu’elle la longea, dandinant des fesses en remarquant le regard d’un des serveurs. Elle ne disparaissait pas. Elle était parfaitement visible, du début jusqu’à la fin. Leur faisant face en descendant l’escalier en colimaçon, elle les surprit les yeux rivés sur elles, et ils eurent un réflexe de recul pour rire en la voyant disparaître dans l’escalier, et seulement dans l’escalier."










